
* Vendredi 28 décembre . 19h07 . Cinéma *
« T’a pas une clope ? »
L’homme d’origine magrébine est d’une taille et d’une corpulence environ 30% supérieure à la mienne, vêtu d’une veste matelassée noire à bordure dorée Karl Kani, des logos verts et oranges griffonnées sur un jean azur délavé et pour couvre-chef une casquette représentant avec fierté l’armée de terre Française grâce à ses couleurs camouflage Kaki. Dommage pour le « Dickies » cousu de façon grossière en plein milieu de son front. Il ne manquerait plus qu’un slogan « Je Fist Sarkozy avec mon Rottweiler » pour avoir le mauvais gout et la rebellions incarné en un seul être se tenant devant moi.
« Non désolé, j’arrête »
Je prends ma cigarette entre l’intérieur du pouce et de l’index en faisant exercer une pression sur ce dernier pour la jeter quelques mètres plus loin sur le sol carrelé et encore humide servant de parvis au cinéma.
« Ho bouffon ! Tu serais pas en train de te foutre de ma gueule ?! »
L’homme m’énerve, j’ai envie de lui faire comprendre qu’en vendant sa tenue vestimentaire en package avec sa connerie sur EBay il en tirerait sans doute largement de quoi acheter une cartouche de Marlboro, mais je pense que ce ne serait pas très subtil étant donné l’importance de la soirée à venir.
« Ecoute, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec toi la, j’ai plus suffisamment de cigarettes pour t’en dépanné une mais je pense que dans une ville de 65000 habitants en ne perdant pas plus ton temps avec moi, tu trouveras certainement ton bonheur »
Il se décide à se mettre en marche dans la direction qui m’oppose en essayant de m’expliquer que ma mère a du me mettre au monde dans un Zoo en compagnie d’animaux aussi sociables que des murs de prisons. Je n’en tiendrais pas rigueur. Il n’a peut être pas tort sur le principe. Connard.
19h15, la séance commence dans dix minutes… mais qu’est ce qu’elle fait…
« Bonsoir »
Cette voix, familière, rassurante. A la fois timide et ferme, toujours la même façon de dire ce mot depuis 3ans, sans avoir à me retourner je l’imagine derrière moi, un léger sourire sur le visage, beaucoup de nervosité. De curiosité également. Oui après 3ans de vie commune et une rupture des plus brutales… la pression est présente.
« Bonsoir Ambre »
Belle, comme toujours. Habillée classiquement d’une veste noire à boutons aluminium très cintré avec un jean bleu tout aussi classique, la seule touche d’originalité provenant du sigle « Delayed » cousu en diagonale sur le haut de sa cuisse gauche. 19h20. Oui ce jean était de rigueur.
Difficile d’utiliser autre chose qu’un flot de banalité pour engager la conversation et ne pas tenir compte de son léger retard. Malgré cela, je me risque à lui poser la question qui me donne toutes ses insomnies depuis qu’elle a accepté ce rendez-vous au cinéma.
« Tu as dis à ton copain que tu allé au cinéma avec moi ou tu lui as inventé une excuse ? »
Elle me regarde comme si j’avais utilisé le sarcasme pour lui posé cette question.
« Comme je te l’ai dis à notre dernière discussion, je vois qui je veut, quand je le désire. Il l’accepte ou non, je n’ai pas envie de me prendre la tête »
Compréhensible… leur couple n’a que trois semaines, c’est rassurant de se sentir toujours important dans sa vie. Malgré tout, je ne peux m’empêcher de me rappeler avec qui elle sort. Inquiétant. Si il est possessif et jaloux comme j’ai pu l’être, avec son caractère cela risque de poser des problèmes. Non, ton esprit est trop créatif Rod. Il n’a aucun intérêt à joué à ça, il a trop à perdre. Moi non.
Après s’être acquitté des places de cinéma nous nous dirigeons vers la grande salle pour y trouver une place. Comme d’habitude ça seras à une extrémité, isolés, tranquilles.
I Am Legend. J’ai vu ce film il y a une semaine et je tenais absolument à emmener Ambre le voir avec moi. Bouleversement psychologique pour certains, Film de S.F pour d’autres. Je pense qu’elle le verra comme moi, avec la même analyse des choses. Je me retrouve tellement dans la souffrance et le peu d’espoir du personnage principal. Nous nous retrouvons Ambre et moi tellement dans ce rattachement à quelque chose qui aide à s’accrocher et ne pas sombrer… Coïncidence, nous avons eu pendant plus d’un an une femelle Berger Allemand. Chienne qui a été notre raccord sentimental à la fin de notre couple peu avant la rupture finale.
Peut être ressentira-elle une émotion nostalgique.
Peut être qu’elle pleurera.
Peut être qu’elle regrettera.
Peut être que non…
Une mélodie émerge de son sac à main. A n’en pas douter, son mobile est en train de sonner.
Elle répond et deviens agressive avec son interlocuteur. J’entends sa voix et reconnait l’homme.
Mon démon intérieur.
Celui qui me l’a enlevée.
Celui qui est tout mon opposé.
Celui l’empêche de prendre du recul.
Celui qui a réduit mes espoirs à néant dans la douleur.
Je me concentre sur la musique d’attente du cinéma. Je ne préfère pas entendre plus longtemps sa voix roque et agressive. La salle va bientôt s’assombrir et nous emmené pendant une heure quarante dans un autre univers.
Elle raccroche sur un « laisse-moi tranquille maintenant » et met son téléphone en silencieux. Enfin tranquilles. La salle plonge dans la pénombre. Je ne dis rien. Je nous laisse partir. Sereins. Pas pour longtemps…
1 commentaires:
moi j'ai trouvé la solution pour arrêter de me faire taxer des clopes : je me suis mise aux roulées et en plus déjà c moins cher... sinon, j'aime beaucoup la suite de ce billet (à suivre..)
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